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Jour 7- Peacerace Bagdad

Journée 8

24-12-02.  Après une nuit fatigante, nous avons été accueillis par un responsable du Ministère des Affaires Etrangères : Harid El Hascham. Il nous a souhaité la bienvenue et nous a donné un bref aperçu de la situation dans  laquelle se trouve l’Irak. Il était évident que nous étions reçus par une instance officielle. Jusqu’ici, ils se sont efforcés de nous faciliter les choses le plus possible. Il a remarqué que ce qui nous avait visiblement frappé était la différence réelle entre l’image des rues de l’Irak et celle qu’on s’en fait en Europe. «Â Il y a cependant de graves problèmes qui sont la conséquence de la guerre et de l’embargo qui a suivi. Tous les mois, 5.000 à 10.000 enfants meurent des suites de cet embargo. 1.700.000 de personnes sont déjà mortes depuis le début de l’embargo dont 1/3 étaient des enfants. De nombreuses nouvelles maladies apparaissent depuis 1991, surtout dans le sud de l’Irak, à cause de l’utilisation d’uranium appauvri. 94.000 bombes à l’uranium appauvri ont déjà été retrouvées. Les substances toxiques qu’elles libèrent causent de nombreuses formes de cancers (congénitaux et leucémiques).

L’Irak est normalement un pays très riche : pétrole, dattes, phosphate, fer, ciment,…. Mais nous n’avons pas le droit d’utiliser nos richesses naturelles. L’Irak a toujours eu un vaste programme d’enseignement mais à cause de l’embargo, nous avons du le revoir à la baisse. » Ensuite, Madame Samia Mohammed Risen Khalaf représentante de l’Iraqi Journalist Union, est venue s’asseoir près de nous. Elle a fait en sorte qu’un communiqué soit rédigé et diffusé à la télévision nationale irakienne.

On nous a dit qu’un programme serait mis en place pour les prochains jours avec le mouvement de jeunes NASYO. Ensuite, nous avons fait une petite visite de Bagdad dans les voitures que les autorités avaient mis à notre disposition pour toute la durée de notre séjour. Pendant la visite guidée, le chauffeur nous a raconté que la vie quotidienne à Bagdad continue malgré les menaces de guerre. Lorsque l’un de nous a fait remarqué qu’il y avait peu de traces de la guerre, on nous a dit que c’était essentiellement des objectifs stratégiques (installations pétrolières, bâtiments gouvernementaux, communication,…) qui avaient été touchés et que presque tous les dégâts avaient été réparés dans l’année.

Nous avons aussi rapidement visité la nouvelle Mosquée géante. Elle porte un nom de circonstance : “mère de toutes les guerres”. Il y a de nombreuses mosquées et celle-ci était pleine à craquer le vendredi. «Â Pas seulement parce qu’elle est neuve mais surtout parce que l’Imam y parle de l’invasion américaine. »

Vous n’allez sans doute pas le croire mais nous avons 4 Mercedes à notre disposition. En fin de journée, nous avons roulé à travers la ville et visité des quartiers populaires mais aussi des centres commerciaux résidentiels. Notre accompagnateur Houssain a deux enfants. Il raconte que ses deux enfants sont spontanément attirés par les armes en plastique. Chaque jour, ils voient les images des enfants palestiniens et entendent parler d’une guerre contre leur pays. «Â Et Papa, qu’allons-nous faire si les Américains nous envahissent. » Défendre le pays, répond Houssain, mais nous allons le faire ensemble, aussi avec vos fusils. Houssain s’explique : “En tant que parent, j’essaie d’expliquer à mes enfants ce qu’est une guerre, un embargo,je leur demande de finir leur assiette car il y a trop d’enfants en Irak qui n’ont pas assez à manger. Nous traînons dans les rues, le long des échoppes et des magasins. Contrairement à la Syrie, on voit de temps en temps un mendiant. Très peu par rapport au Maroc, dit quelqu’un du groupe. Via un système de coupons, les besoins de chaque famille sont assurés. Cela limite le nombre de mendiants, mais il y a un véritable problème de sous-alimentation, personne ne meurt de faim mais la nourriture n’est pas équilibrée. Dans les campagnes, la situation est encore plus grave que dans les villes. Auparavant, l’Irak avait un programme d’enseignement qui amenait l’instruction jusque dans les territoires les plus reculés. L’analphabétisme était quasi inexistant. Mais depuis la guerre, les jeunes ont quitté l’école pour aller travailler et gagner un peu d’argent qui leur permet de garder la tête hors de l’eau. Beaucoup de jeunes un peu plus âgés ont arrêté ou interrompu leurs études pour aller travailler. A cause de l’embargo, il est difficile de se procurer des ordinateurs, des stylos mais la recherche scientifique ne peut pas continuer par manque de matériel. Mais l’embargo a aussi ses bons côtés, nous sommes devenus plus forts. Nous avons réparé nous-mêmes le pont au-dessus du Tigre, nous avons acquis du savoir-faire. Et il va ainsi pour beaucoup d’autres choses. Ce soir, c’est Noël, nous entrons dans une église et assistons à une messe. Les jeunes Belges d’origine marocaine entrent dans une église pour la première fois. A Bagdad, les églises et les Mosquées se côtoient, elles ne sont parfois qu’à quelques mètres les unes des autres. Ici, la discrimination sur base de la croyance est interdite. En Irak, il n’y a aucun parti et aucune organisation basés sur un critère religieux. Dans le parti Baath, il a autant de chrétiens que de musulmans. Houssain trouve que chaque religion à des valeurs dans lesquelles il peut se retrouver.

Nous arrivons à l’accueil où nous attend un coup de téléphone de Belgique. Une action devrait avoir lieu à l’église Saint-Raphaël. Des militants pacifistes américains chantent des chants de paix. Nous nous précipitons vers l’église où France 2 veut nous interviewer mais nous arrivons trop tard. Entre-temps, de nombreuses interviews sont prévues pour les jours suivants. Nous buvons encore un thé avec un journaliste de Reuter, un Palestinien de Gaz, 'Palestine it's Fuck'd Up'. Petit à petit, la menace de guerre commence à faire partie nous, je trouve difficilement le sommeil et reste éveillé.

Dieter

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