Dag/journée 2   16-02-03          Mon premier préjuge tombé

Samedi 15/02: 13h. L’avion dĂ©colle! C’est la première fois que je monte dans une telle machine. L’accĂ©lĂ©ration est comparable Ă  celle de ma moto. Une seule diffĂ©rence :le degrĂ© de puissance. Je suis enchantĂ© par cette sensation. Les virages en l’air me font penser aux virages Ă  moto. Quel plaisir!

Peu avant l’escale Ă  Beyrouth, nous traversons de gros nuages, moment dĂ©licat, les ailes ont l’air de carton-pâte. Pourraient-elles se briser? Tout se passe bien… nours atterissons. Une heure après l’escale, nous atterissons Ă  Damas. Pendant le vol, je me pose pleins de questions. A quoi ressemble le monde arabe? Sont-ils tous barbares comme les arguments racistes primaires le prĂ©tendent? Plus tard, pendant mon voyage je remarquerai Ă  quel point je suis bourrĂ© de prĂ©jugĂ©s alors que j’ai choisi fait et cause pour l’Irak dans ce conflit. Comment dès lors rĂ©sonne quelqu’un qui soutient les USA ?

A la sortie de l’avion Ă  Damas(Syrie), un bus (nommĂ© "Smile") et 2 Jeep Chrysler GMC nous attendent pour nous conduire Ă  Bagdad (900 km). Je suis surpris lorsque nous traversons Damas, il y a des photos du prĂ©sident Bashar partout.

Mon premier prĂ©jugĂ© tombe: visiblement c’est simplement de manière culturelle et par respect que ces photos sont lĂ . "Est-ce plus choquant que de voir l’esclavage de la femme nue chez nous en occident?" dit l’un de nos participants.

L’autoroute syrienne vers Bagdad est en mauvais Ă©tat. Je peux vous dire que les autoroutes irakiennes sont en bien meilleurs Ă©tat. Elles se rapprochent mĂŞme de la qualitĂ© que nous connaissons en Belgique.

Dimanche: vers 8h, nous mangeons dans un resto-route irakien, les gens sont très acceuillants. Le contact est très chaleureux. Je n’ai pas encore vu de dĂ©monstration armĂ©e relative Ă  une guerre imminente. La première, et presque la seule, se passe Ă  200 km de Bagdad. 3 Jeep passent nerveusement avec 4 soldats sur chacune d’entre elles. Je leur fait le signe du poing fermĂ© pour leur montrer ma solidaritĂ© et leur apporter un rien de combativitĂ©. Un grand merci gestuel en retour. Je suis content. A 40 km de Bagdad, nous voyons un champ avec quelques mitraillettes qui datent de l’Ă©poque du fim "rambo". A part faire l’un ou l’autre trou dans la carcasse d’un avion volant Ă  basse altitude, ces armes sont dans l’impossibilitĂ© de contenir un assaut de centaines d’avions amĂ©ricains.

14h: arrivée à Bagdad:

2e prĂ©jugĂ© qui tombe: je pensais voir des centaines de soldats s’entraĂ®nant dans les rues afin de prĂ©parer la dĂ©fense armĂ©e du pays. Je pensais qu’ils seraient sĂ»rement en train d’entraĂ®ner et de mobiliser la population. RIEN. La capitale est active comme les capitales europĂ©ennes et une grande sĂ©rĂ©nitĂ© y règne. Un irakien me racontera ceci:"Nous sommes un peuple en paix, nous ne voulons pas de cette guerre, n’avons aucune intention belliqueuse, nous continuons simplement Ă  vivre".

Aux USA, des masques Ă  gaz sont distribuĂ©s Ă  la population afin de lui faire peur. Qui envoie des bombes avec de l’uranium appauvri? Les irakiens auraient bien besoin de ces masques. Je suis en colère!!

La population est super acceuillante, lorsque nous parlons avec elle, beaucoup de gens ne parlant pas l’Anglais savent juste dire ceci:" YOU ARE WELCOME !!" C’est leur manière de nous remercier pour notre prĂ©sence consciente ici.

Saddam est effectivement partout ici, tout comme Bashar Ă  Damas, cependant nous remarquons l’unitĂ© du peuple irakien derrière son PrĂ©sident. Il faut faire un choix. En 1988, Saddam et son gouvernement dĂ©cident et appliquent leur dĂ©cision: les revenus du pĂ©trole sur le sol irakien reviendront aux Irakiens et plus aux entreprises amĂ©ricaines. Les sociĂ©tĂ©s pĂ©trolières sont nationalisĂ©es. A partir de ce moment, l’Irak, jusque lĂ  pays ami des USA ( grâce aux pĂ©trodollars) devient leur ennemi.L’Arabie Saoudite, le Koweit, le Qatar…continuent Ă  vendre leur pĂ©trole aux bĂ©nĂ©fice des USA en Ă©change de super-richesses pour quelques nantis de religieux ou familles royales.

Rien que pour cette raison, le soutien de la population Ă  Saddam Hussein est immense!

Elle lui en est reconnaissante. Et quand un peuple admire les faits et gestes, positions politiques de son dirigeant, il le lui fait savoir. Nous ne pouvons pas en dire autant de notre gouvernement arc-en-ciel qui promet, promet, promet… et finalement ne rĂ©alise qu’au profit des entreprises.(ex :privatisation des services publics)

ArrivĂ©s devant l’hotel, nous formons une grande chaĂ®ne humaine afin d’amener nos bagages, nos 20.000 crayons, nos centaines de dessins de solidaritĂ© d’enfants belges, nos ballons et nos dizaines de kilos de mĂ©dicaments. Les irakiens sont surpris par notre efficacitĂ©. Nous prenons juste le temps de dĂ©poser nos affaires dans les chambres, de manger un repas copieux, et nous voilĂ  reparti.

Nos hĂ´tes nous amènent au bord d’un lac dont la construction des berges a Ă©tĂ© terminĂ©e il y a quatre mois :

3e prĂ©jugĂ© qui tombe: la condition de la femme. Au bord de ce lac se promènent des dizaines de personnes, couples, familles avec enfants,… Les femmes se baladent le visage dĂ©couvert avec leur mari (je me disais encore: les femmes sont certainement toutes voilĂ©es. Combien de fois ai-je entendu dire ceci en Belgique: "Si nous, occidentaux, allions avec nos femmes lĂ -bas, elles seraient obligĂ©es de porter le voile ! !")

Nous nous posons une question: «Â Pourquoi avoir construit cet ouvrage d’art alors que vous ĂŞtes menacĂ©s par la guerre? » MĂŞme rĂ©ponse des irakiens: «Â Nous ne voulons pas la guerre, nous sommes en paix et nous continuons Ă  vivre naturellement, comme si de rien n’Ă©tait. Les USA vont dĂ©truire notre patrimoine.

Nous nous promenons et nous laissons berser par la douceur de la soirĂ©e. Nous parlons avec des familles, jouons et prenons des enfants en photos… nous sommes arrivĂ©s!

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