Journal de bord d’Hamid - Irak, Bagdad, 15-22 février 2003

Comme membre de Fire Gym j’ai voulu visiter des salles de sport en Irak afin de montrer ma solidarité avec les jeunes en Irak, pour la paix, contre la guerre. Je voulais aussi rendre cette solidarité concrète en donnant du matériel de sport qu'on avait récolté en Belgique, des ballons, des t-shirts de sport, etc. Une des premières soirées nous nous sommes arrêtés à une salle de Basket.

Dans la salle de basket s’entraînait un groupe de la 1er division. J’ai rencontré un jeune célibataire de 23 ans, qui étudie encore à l’université. Le jeune sportif avait déjà joué en Syrie, et gagné !

L’état syrien avait acheté ce joueur en lui proposant un contrat intéressant. Mais après il a voulu retourner dans son pays. Ça fait 5 ans, maintenant il est un des meilleurs joueurs de basket en Irak. Les dernières années, il n’a plus fait des concours à l’étranger parce que le pays n’a pas l’argent pour des voyages. En plus il veut être là pour défendre sa famille quand la guerre commence. C’est le grand fils …

Il était vraiment étonné de voir un groupe de la Belgique ici. Jamais quelqu’un a trouvé intéressant de voir des salles de sport. Pour l’occasion nous avons joué un match avec des équipes mixtes belges irakiennes.

Mardi, j’étais voir une salle de Judoka avec 3 autres copains. Toutes ces salles sont gratuites pour les jeunes. Dans chaque quartier de Bagdad se trouve plusieurs salles de sport. L’état paie les moniteurs. L’entraîneur s’engage à encourager les jeunes à faire du sport.

Dans la salle polyvalente que nous avons visité on donne des cours de foot, volley-ball, danse, bodybuilding, boxe, ping-pong. Notre camarade Christophe, qui joue lui-même très bien le ping-pong, a fait un match avec un Irakien, qui lui a offert sa médaille après.

C’est remarquable que le sport est gratuit ici. En Belgique, le Fire Gym doit demander une cotisation aux membres parce que la salle coûte trop cher. Ça devrait être l’inverse. L’état devrait donner de l’argent aux jeunes qui font l’effort de faire du sport. Le sport n’est pas seulement bien pour la physique mais aussi pour l’esprit. Tu tombe moins vite malade. Le sport est bien contre le stress qui va ensemble avec l’embargo, ça aide pour les victimes de guerre.

Notre slogan ne se limite pas à «Â Pas d’argent pour la guerre », nous avons ajouté «Â Plus d’argent pour l’enseignement et le bien-être de l’enfant »

On voit les conséquences de l’embargo jusqu’aux salles de sport.

Un champion en bodybuilding que j’ai rencontré m’a raconté qu’avant l’embargo il pouvait arrêter son boulot à 14h, maintenant il doit travailler jusqu’à tard le soir pour nourrir sa famille.

Comme champion il ne peut plus se permettre de voyager et de participer aux championnats internationaux. Les championnats nationaux se font aussi de moins en moins. Il veut non plus quitter son pays pendant les menaces de guerre, parce qu’il veut être là pour défendre sa terre.

La salle de sport n’a plus acheté de nouveau matériel de sport depuis longtemps. Avant ’90 ils pouvaient se permettre d’acheter 2 ballons par semaine pour le club, parce que ça use très vite, maintenant ça revient à 1 ballon par mois.

Ils doivent réparer les anciens machines. L’entraîneur doit vérifier chaque fois la sécurité de son matériel. Les seules choses qui entrent en Bagdad sont des choses pirates de Syrie et Turquie.

Avant l’embargo un entraîneur recevait un peu d’argent des gens qui venaient à la salle. Maintenant il est obligé de faire un boulot à côté pour pouvoir survivre.

Il y a aussi une évolution marquante dans le nombre de filles qui viennent faire du sport, depuis l’embargo a été instauré. De moins en moins de filles viennent aux salles de sport, parce qu’elles doivent aider dans la maison, ou travailler pour gagner un peu de l’argent. Elles vont au cours de coudre, au lieu d’apprendre à jouer la musique.

La visite à l’hôpital m’a aussi fort marqué. Un enfant, Ali, de 4 ans, est déjà depuis 2 ans à l’hôpital, il a un cancer. Il a une très grande tête et n’a plus de cheveux. En 4 à 5 mois, il va mourir. Je lui ai donné un petit jouet qu’on avait amené de Belgique. Il était très, très content. Sa mère vient chaque jour lui visiter.

D’autres mères ont dû arrêter les soins pour leur enfant parce qu’ils n’avaient plus d’argent. Il leur reste à voir comment l’enfant meurt. Les médicaments sont très rares et donc cher à cause de l’embargo.

À chaque enfant, nous avons donné un jouet et un dessin, fait par un enfant en Belgique. Tous ils sourient, même les plus malades. Ça faisait chaud au coeur de pouvoir montrer notre solidarité aux enfants qui sont victimes des guerres et de l’embargo.

Une mère m’a fait la remarque qu’il y a pas mal de délégations étrangères qui visitent l’hôpital. Mais nous étions les premiers à donner quelque chose. Les autres venaient juste pour filmer.

Le fameux jour de la course pour la paix j’avais mis mon t-shirt irakien et le drapeau palestinien. Je suis d’origine marocaine, nationalité belge, donc je mets tous les drapeaux. Tous les journalistes ont pris des photos de moi parce qu’ils pensaient que j’étais irakien.  A la télé flamande, j’ai expliqué que je mettais un t-shirt avec le drapeau de l’Irak parce que je suis solidaire avec l’Irak. Je ne veux pas cette guerre.

Tout d’un coup la course a commencé, sans signal, ni ligne de départ, rien du tout. J’ai vite commencé à courir et finalement j’ai passé le finish comme 4ième, après un Irakien. Dieter est arrivé après moi.

Des gens des différentes nationalités ont participé : des Japonais, soudanais, … Mais le meilleur groupe était celui des Belges ! C’est un honneur d’avoir couru pour la paix en Irak.

C’est d’abord notre groupe qui avait introduit la course dans le programme de la conférence de NASYO.

Des courses pour la paix ont déjà été organisées en Suède et à Ypres (Belgique). Maintenant je voudrais aller courir chaque année en Irak, guerre ou pas de guerre.

Après la course, un Irakien m’a invité chez lui pour boire un verre de thé. Il ne pouvait pas le croire que des Belges venaient courir à Bagdad pour la paix.

Je ne vais jamais oublier le jour qu’on était au Palais de conférence avec Ali, Dieter et Christophe. Ils avaient invité le ministre, Dr. Houda, une femme remarquable, qui représentait Sadam.

Un certain moment j'ai pris Christophe sur mes épaules et nous avons dansé dans la salle. Nous avons fait trois tours de la salle. On est passé devant tous les militaires. Nous avons donné notre drapeau à Houda. Elle a rigolé. Ces images sont passées à la télévision irakienne. Dr. Houda nous a parlé après et nous remerciait pour notre solidarité et combativité.

Je lui ai dit que «Â tant que le peuple irakien souffre, nous allons souffrir aussi, tant que vous ne dormez pas, nous n’allons pas dormir non plus. »

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