Dag/journée 4  18-02-03  Qui peut accepter que l’on tue une génération de famille

Pour moi le voyage devient vraiment intéressant à partir de mardi, nous sommes allés visiter le bunker d’Al-Amerya. J’avais entendu parler de cette histoire via les médias qui disaient que ce bunker abritait les soldats de Saddam Hussein en 1991. 12 ans après, quand la première délégation de Firegym est partie, j’ai entendu une autre version et 2 mois après, je suis moi-même allé le visiter.

J'ai vu les silhouettes des corps sur les murs, de la mère tenant son enfant en train de crier et la femme qui devait se marier peu de temps après. On voit la forme de ses habits qui témoignait de son futur mariage. Jamais j’aurais cru que j’aurais pu voir une chose aussi horrible. Ca dépasse les films d’horreur. Surtout on voyait les traces de sang séchées mais on voyait aussi les photos des victimes. Beaucoup étaient des enfants et des femmes. Il y avait aussi quelques hommes âgés qui étaient là. Même au temps du 3e Reich, on n'a pas commis de tels crimes !! Ils ont envoyé une première bombe pour faire un trou. Pas seulement pour détruire le bunker. Une deuxième bombe, incendiaire celle là, a été envoyée pour ne laisser aucune trace. Ils ont fait typiquement comme les nazis quand ils ne voulaient pas laisser de trace. Après on a visité le musée du bunker et on voyait les photos des personnes brûlées, les habitants ont apporté des habits de leur maison pour garder la mémoire. C’est toute une génération de familles qui a disparu. (Ex : on garde une montre de quelqu’un quand il est mort, ça fait mal. Ici, ce sont les habits de centaines de personnes. Imaginez-vous la douleur.) Qui peut accepter que l’on tue une génération de famille et que l’on envoie des bombes bactériologiques ?

Après nous sommes partis visiter l’hôpital, le service des enfants cancéreux. C’est mon plus grand choc. Dans le bunker, on a vu des gens morts depuis 10ans mais ici à l’hôpital, on voit les gens qui sont en train de mourir ! Tous ces enfants sont condamnés. J’étais tout aussi touché par une famille chrétienne qui avaient leur fille à l’hôpital. L’hôpital est ouvert à tous. Leur visage est complètement marqué par la tristesse. Le fait qu’ils aient un sourire et qu’ils nous remercient en tant que délégation belge ne me suffit pas. L’horreur est trop grande. J’aurais voulu pleurer pour me soulager mais je n'y arrivais pas. Je tremblais aussi quand je voyais tous ces enfants souffrant en sachant qu’ils allaient mourir lentement. Tout çà alors que le monde entier sait qui sont les coupables, ceux qui ont envoyé les bombes à uranium appauvri.

Le soir nous sommes invités à un meeting culturel : je me sentais mal à l’aise. Faire la «fête » après ces horreurs de la journée, voir les autres s’amuser, je ne pouvais pas. Moi, mon esprit était toujours à l’hôpital. Voir le buffet préparé pour nous qui coûtait beaucoup d’argent en pensant à ces mères qui devait dormir avec leurs enfants à l’hôpital. Vendre leurs biens pour rester à coté de leurs enfants, souvent restant des mois sans revoir leur foyer. Je me suis disputé avec certaines personnes parce que je trouvais intolérable que l’on s’amuse après cette journée ! Je ne suis pas pour la tristesse, mais après une telle journée, accepter une telle dépense pour cette fête, c’était trop pour moi. Mohammed M décida de m’accompagner.

Abderrahim

           Inhoud-Contenue