Dag/journée 5   19-02-03     J’avais oublié que l’arrivée était devant l'0NU

Visites surprises dans les écoles de Bagdad !

08H30 : Aujourd’hui, nous avons décidé de ne pas suivre le programme de la NASYO. Notre groupe s’est divisé en 3 et nous sommes partis en taxis à la recherche des écoles. Je suis avec une dizaine de personnes et une cinquantaine de kilos de matériel pour les enfants : crayons, sacs d’école, plumiers, et 200 dessins de solidarités réalisés par nos enfants en Belgique.

  Nos 3 taxis nous déposent, nous entrons dans l’école et sommes accueillis par le directeur. La surprise est totale…Les professeurs, les enfants se demandent ce qu’il se passe. Nous entrons spontanément dans les classes, les enfants se lèvent d’un seul homme pour nous saluer. Du temps où j’étais à l’école, les profs avaient bien du mal à nous enseigner ce genre de respect.

Nous visitons toutes les classes, donnons nos dessins et demandons aux enfants d’en dessiner d’autres, pour leurs petits camarades belges. Toute l’école est un peu secouée par notre visite imprévue : les profs font sortir les 400 élèves pour une grande photo de groupe. L’ambiance est au délire, les enfants scandant des slogans contre Bush, à la gloire de leur pays et de leur Président.  Nous sommes TOUS très émus !

Je reste 1/2h et je prends seul un taxi en direction du ¨Palais des Conférences. Là-bas se déroule la cérémonie d’ouverture du séminaire international. C’est assez excitant car je ne sais pas parler avec le chauffeur. Cependant, nous nous parlons avec les mains et nous comprenons très bien. Le contact est chaleureux et combatif.

10h15 : Arrivé sur place, je cours pour trouver la salle. Le bâtiment est immense, digne d’une capitale. Je rentre dans la salle et là, je me rends compte de l’événement.

Dr Huda est là : en uniforme. De par sa fonction, elle est aussi dans le haut commandement de l’armée. Une dizaine de généraux, des parlementaires et des centaines d’étudiants sont présents. Toutes les délégations internationales sont là aussi. Je n’arrive pas  à retrouver notre délégation dans la foule (ils devaient être une dizaine). La salle peut compter un peu plus de 3000 personnes, elle est comble.

  Je décide d’essayer de pouvoir prendre la parole afin d’expliquer ce qu’est en train de faire notre délégation dans les quartiers. Le président de la NASYO me dit qu’il fallait s’inscrire 48h à l’avance. Je me promets que je ferai tout pour avoir un temps de parole à la cérémonie de clôture !

  Le meeting a une ambiance particulière. Des personnes interrompent spontanément les discours pour lancer des petits discours terminant par des slogans. Les étudiants interpellent les écoliers, qui répondent d’un seul homme. Le groupe des étudiantes fait de même. Qui a dit que la femme n’avait rien à dire dans ce pays ?

Pourquoi ne pas faire pareil ? Je prépare un mini-speech de solidarité :

La délégation belge vous soutient contre l’agression barbare américaine !

Recevez notre solidarité et notre combativité ! 
Vous êtes un exemple de résistance pour notre peuple !

DOWN, DOWN USA ! VICTORY TO IRAK !

Hammid, qui à traduit ce texte en arabe, me prend sur ses épaules et nous faisons 3X le tour de la salle. Nous montons sur le podium et finissons en offrant 1 drapeau belge au Dr Huda dans la tribune militaire. La salle chauffe à mort!!!

15h : Course pour la paix (+ /- 5 km)

Des étudiants et des clubs sportifs bagdadi mélangés aux délégations internationales courent pour la paix. 200 personnes s’élancent devant les caméras irakiennes et celles des délégations.

Majid, spécialiste du 10000m, a décidé de «faire la course » c’est-à-dire qu’il y va pour la gagne sans avoir oublié de porter le drapeau belge avec la mention : STOP USA. Un drapeau palestinien y a également été cousu dessus l’après-midi même.

Je porte moi-même le drapeau palestinien dans le dos et un drapeau rouge marqué de l’étoile jaune qui correspond à mes convictions sur le ventre. Je suis fier. A chaque fois que l’on me photographie ou que l’on me filme, d’une main je fais le signe de la victoire (V) et de l’autre je montre un poing fermé de combativité.

Comment ai-je gérer ma course ? Je me donne à fond et demande par 2 fois un peu d’eau sur le chemin, un jeune avec une bouteille et un père de famille avec un tuyau d’eau qui lave sa voiture. Les conditions de course sont difficiles. En effet la pollution liée à la qualité des voitures rend la respiration difficile. Je décide de démarrer lentement afin de pouvoir terminer en boulet de canon. A 200m devant moi se trouve un petit groupe de Firegym. Petit à petit, les participants partis trop vite se mettent à marcher. Je vois le Sheraton Hôtel, le nôtre est juste en face. Je pense que l’arrivée est là. Je décide de produire mon effort, rattrape le petit groupe de Firegym et le dépasse. J’avais oublié que l’arrivée était devant le bâtiment des NU ! 4 minutes en plus de pure souffrance ! !

Majid termine 2e, je termine 5e de  Fire Gym et visiblement autour de la 10e  place de la course.

C’est un détail, l’important était que le peuple irakien voit que je jette toutes mes forces pour la paix dans leur pays. Les habitants me le rendent bien, jamais, je dis bien jamais, je n’ai été encouragé de cette manière. Les télévisions irakiennes et internationales sont présentes. Comme beaucoup d’autres participants étrangers, je suis interviewé.

C’est à ce moment que nous comprenons l’importance de notre voyage. Je ne suis pas un jeune plein d’illusions qui fait seulement un voyage «humanitaire ». Tout ce que nous faisons ici a une raison et apporte des résultats dans la lutte contre l’agression US et pour la paix, dans la solidarité mondiale envers le peuple irakien.

Un jeune sportif irakien m’accoste : «Â Je suis sauteur en longueur et triple-saut de bon niveau. Je voudrais bien progresser dans ma discipline mais je n’ai pas de bonnes chaussures. Puis-je avoir les tiennes ? ». Je lui réponds que si je lui donne mes chaussures, je n’en ai plus pour rentrer à la maison. En réalité, pour moi jeune homme, je ne peux pas me permettre non plus de donner mes chaussures. Pour lui, je suis riche, mais dans mon monde européen, je ne le suis pas. De plus, mon opinion est que ce n’est pas par des gestes individuels que les souffrances du peuple irakien s’arrêteront !   Dans son regard, je discerne une gêne de devoir demander de pareilles choses. J’ai mal au cœur mais ne cède pas à ma pitié !

Rentré à l’hôtel, je suis super excité, ne tient plus en place et décide de me battre pour avoir un temps de parole à la cérémonie de clôture ! Une certaine bureaucratie règne dans l’organisation. Je passe au-dessus et ennuie mon traducteur jusqu’à ce qu’il me trouve le président de la NASYO, le Dr Abd-Al-Gaphor. 

Il me dit qu'il n'y aura pas de discours vendredi, seulement une conclusion des débats et qu'en plus il faut être membre de la NASYO, ce que nous ne sommes pas. J'aurai essayé, je suis en paix avec moi-même…

Le soir, les Irakiens invitent toutes les délégations à un défilé de mode avec repas. Une partie d’entre nous n’y va pas et décide de manger en ville car le restaurant de l’hôtel est fermé. Changement, il ouvre : nous décidons de manger tous ensemble à la grande table et de sortir ensuite prendre un verre. La richesse de notre groupe est stupéfiante : l’un a visité un hôpital, l’autre a visité une école, certains ont mangé en ville, un autre a été invité à prendre le thé chez un chauffeur de taxi, d’autres sont allés dans un club de boxe. Toutes ces expériences sont réunies autour de la table et nous sommes enchantés que chacun puisse raconter son expérience de la journée !!!!

22h : Nous sortons de table et je décide de ne pas accompagner le groupe pour boire un verre. Je vais aller dormir tôt et récupérer, je sens que j’en ai besoin si je veux finir la fin de la semaine de manière très efficace.

Rentrer dans la chambre, j’allume la TV : il y a 7 chaînes sur le câble irakien:

      ¨Â Â Â Â Â  3 nationales : une gouvernementale (~=RTBF), 1 de l’opposition irakienne et 1 pour les jeunes,
¨Â Â Â Â Â  1 sur le foot,
¨Â Â Â Â Â  1 «Â Star Movie » qui diffuse des films occidentaux en anglais soutitré arabe,
¨Â Â Â Â Â  1 de séries irakiennes.

  SURPRISE : l’émission ‘qui veut des gagner des millions?’ passe à la TV. Les prix sont les suivant : 100 gr d’argent irakien pour la 1e question, 68kg pour le gros lot ! Eh oui, je parle en mesure de poids. L’embargo a tellement fait dégringoler l’économie ici que la monnaie nationale ne vaut plus rien ! Un paquet de cigarette coûte 2000 dinars irakiens (= 1 euro !). Avant la guerre du golfe, 1 dinar irakien valait 3 $ US.

Je fais un peu de rangement, lit le journal de Majid qui vient de rentrer et m’endort…vivement demain !  

Christophe

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