Dag/journée 6   20-02-03       Saluer tous les gens qui aiment la paix

Vendredi 1h55 du matin - JournĂ©e de Jeudi : la journĂ©e 6, celle qui rejoint par essence le cadre de mon travail de rue. Saddam City, avec ses 2.000.000 d’habitants est le quartier le plus pauvre de Baghdad. On ne compte plus les nombreux dĂ©chets mĂ©nagers sur les routes, les espaces de jeux, les abords des Ă©coles. Les canalisations des Ă©gouts bouchĂ©es renforcent l’odeur nausĂ©abonde. Les enfants jouent aisĂ©ment dans cette atmosphère purulente. Leur sport populaire : le football se joue sur des terrains empierrĂ©s et bondĂ©s d’immondice. Parfois, les carcasses de bus ou de voitures leur servent de support pour faire de l’escalade.

Ce matin, nous avons visité trois écoles dans Saddam City, dont une qui a été entièrement désaffecté. Nous avons eu moins de chance que la veille étant donnée que cette fois-ci, la police nous a escorté du fait que le chauffeur ignorait les adresses. Cela, a quelque peu altéré notre arrivée dans ces écoles. Saddam City est à Bagdad ce que Droixhe est à Liège: Déterminé, je décide de partir en solo dans ce fameux quartier nauséabond.

Apres le dĂ®ner, je quitte l’hĂ´tel avec un ballon sous le bras en direction de Saddam City. En appellant le taxi, deux petits enfants âgĂ©s de neuf ans, m’accostent pour me demander de l’argent et mon ballon. Leur pauvretĂ© ne fait nul doute. Sur ce,  je leur propose de m’accompagner Ă  Saddam City pour y jouer au ballon avec d’autres enfants. Ravis, Mehdi et Ali grimpent Ă  l’arrière du taxi. Sur place et après une demi-heure de marche, nous trouvons un terrain inoccupĂ© par le foot.

En quelques minutes, le terrain presque vide s’est transformĂ© en une cour de rĂ©crĂ©ation rĂ©unissant plus de cinquante jeunes de tout âge. Très vite, je demande de composer deux Ă©quipes de cinq dans lesquels participaient mes deux acolytes. Après une longue rencontre très mouvementĂ© et bonne enfant, je dĂ©cide de jouer au foot avec les adolescents tout en confiant mon appareil photo Ă  un jeune qui s’empressa de le mettre en sĂ©curitĂ© chez lui.

Que de fous rires… A plusieurs reprises, nous arrĂŞtions le match. Car, j'intriguais les esprits de ces jeunes Irakiens. "Qui ĂŞtes-vous ?, d'oĂą venez-vous ?, pourquoi ĂŞtes-vous venu ? , comment avez-vous atteri chez nous dans cette place ?". L ambiance est plus forte et plus Ă©motionnel qu’une rencontre : Standard-Anderlecht.

Après plusieurs heures de jeux, un grand frère me prend par la main et me tire de ce bain de foule afin de mieux me connaĂ®tre. Devant moi, des parents, grands-parents sont Ă  leurs tours intriguĂ©s. Très vite, un parent m'invite chez lui Ă  prendre ma boisson prĂ©fĂ©rĂ©e, le chaĂŻ (le thĂ© ). Pendant plus de deux heures, j’ai eu droit a faire la connaissance de toute la famille. Pour la première fois depuis mon sĂ©jour en Irak, cette tranche de population s’est intĂ©ressĂ©e au mode de vie des Belges.

Nous avons reçu la visite de plusieurs personnes dont le futur mariĂ©. Malheureusement, j’ai du dĂ©cliner l’invitation de ce dernier Ă©tant donnĂ© notre retour au bled ( au bercail ou fi baladi). Trente personnes devant moi, je ne peux rĂ©sister Ă  leur faire un petit spectacle de magie. Je sortis de mon sac un jeu de cartes et deux bouts de cordes. L’enchantement fut total. Je prends un maximum de photo de jeunes.

Une personne âgĂ©e me refuse le droit de le photographier. En rĂ©alitĂ©, les hommes sont coquets. J’ai du simplement attendre qu’il se fasse beau. Un autre moment d’Ă©tonnement fut celui de la prise de photos pendant la prière. Les personnes âgĂ©es me demandaient sans cesse de les prendre en photo. Que d’Ă©motion et de rire…Les verres de chai dĂ©filent les uns après les autres. Un poulet frites sauce irakienne nous est servi. C’est le panard.

SaĂŻd, 26 ans me propose de boire un verre de thĂ© chez lui avant de me raccompagner Ă  l’hĂ´tel. Un thĂ©, cela ne se refuse pas… L’accueil fut comme d’habitude très chaleureuse. Le père de SaĂŻd me fait une petite leçon sur la situation du pays. Ne connaissant pas l’Arabe littĂ©raire, je n'ai pu comprendre que très partiellement via mon arabe dialectal. Le père très Ă©mu de ma visite se mis Ă  m’Ă©crire un message de paix. Je lui ai dis que cette lettre sera encadrĂ©e et mise dans mon salon.

Traduction de la lettre (merci à Sim, Jan et Dia):

Abat l’AmĂ©rique,
Ennemi de toutes les nations.
Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux.
Nous sommes heureux de ta visite,
nous voulons saluer le peuple belge très accueillant,
et par le peuple belge, saluer tous les gens qui aiment la paix dans le monde,
et aussi tous ceux qui aiment la liberté.
Merci frère Majid AMAR pour ta visite et par toi, je voudrais faire passer les salutations de notre Président Saddam HUSSEIN en Belgique.

Signé: Abdkridi FADEL le 20/02/2003

Question que je vous pose à vous, très cher lecteur : Où sont passé mes acolytes Medhi et Ali ?

RĂ©ponse : Rassurez-vous, ils m’ont toujours accompagnĂ©s. Ils ont bu et mangĂ© Ă  mes cĂ´tĂ©s. SaĂŻd s’est arrangĂ© avec son voisin pour nous ramener en face de l’hĂ´tel (mes acolytes et moi.) Dans mon enfance, j’ai pu vivre un scĂ©nario semblable Ă  celui des deux enfants. Il y a vingt ans d’ici, le personnage «Â Majid » n’est autre que celui qui deviendra très vite mon Oncle; Jean-Marc FLAMENT est un exemple pour moi. Jusqu'Ă  encore aujourd’hui je lui suis toujours très reconnaissant. Merci Tonton.

Je dĂ©barque Ă  l’HĂ´tel Ă  20h. Juste Ă  temps pour participer avec toutes les dĂ©lĂ©gations Ă  un folklore Irakien. Magalie nous a admirablement clĂ´turĂ© cette soirĂ©e et par la mĂŞme occasion ce sĂ©jour en chantant une chanson qui vaut la peine d’ĂŞtre Ă©coutĂ©e. Chanson espagnole Bello Ciao traduite par Tom, le polyglotte.

La chanson parle d’un jeune qui un matin, se rĂ©veille, regarde par la fenĂŞtre et remarque que son village est occupĂ© par une armĂ©e offensive. (Comme aujourd’hui, les AmĂ©ricains face aux Irakiens ). Il dit Ă  sa belle qu’il va partir avec par les partisans pour mourir. Et quand je mourai, je voudrais ĂŞtre enterrĂ© dans l’ombre d’une fleure qui se nourrit de mon sang, qui sera rouge comme mon drapeau et oĂą il sera Ă©crit la libertĂ©.

Avez-vous une idĂ©e de l’heure qu’affiche ma montre ?

Il est 6h30 du matin et je n’ai pas encore dormis. Tout Ă  l’heure, je retournerai avec plusieurs jeunes de notre Ă©quipe pour dire au revoir Ă  mes frères irakiens de Saddam City.

Avec l’aide de Dieu, Inchallah, ils rentreront tous dans la paix.

Amar

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