Dag/journée 6   20-02-03       Dieter a proposĂ© de renouvelĂ©e le voyage

J'Ă©cris une partie du journal au moment oĂą une petite tempète de sable se prĂ©pare. Le ciel est tout opaque et brun. L'air n'est pas très respirable dehors, ceci est accentuĂ© par la nuĂ©e de gaz d'Ă©chappement de milliers de voitures qui circulent ici. Ceci fait parti de l'ambiance de Bagdad. Beaucoup de vĂ©hicules, qui tombent en ruine, circulent incessemment. Ces mouvements, ces odeurs sont accompagnĂ©s de fond sonore puisqu'ici, les Irakiens se servent de leur klaxon comme signalement (ça me fait rire de penser que chez nous, dès que quelqu'un a oubliĂ© de mettre son clignotant, on beugle et d’ailleurs on klaxonne pour montrer son mĂ©contentement).

Ici sur les routes qui sont d'ailleurs bien faites, on ne stresse pas. On se fraye juste un chemin d'ailleurs comme on peut (le respect du code de la route n'est pas trop de rigueur…)

A bord d'un taxi, (souvent très vieux, rouillĂ©, avec des vitres brisĂ©es,…), on chemine dans la ville et on peut observer une architecture qui prend autant de rides que les voitures. Mais par ci par lĂ , on voit des maisons qui sont rĂ©novĂ©es ou d'autres qui sont en construction, tout comme des trottoirs ou des enceintes de quelconques institutions…(N.B. je m'attendais Ă  trouver des immeubles dĂ©foncĂ©s par les anciens bombardements et apparament, tout a Ă©tĂ© reconstruit très vite. Il est d'ailleurs Ă©tonnant d'observer, en prĂ©vision d'Ă©ventuels bombardements, ces reconstructions. De plus, vu que j'ai insĂ©rĂ© l'actualitĂ©, Ă©tant ici, n'Ă©coutant pas les infos, si je tenais compte que de la vie des Irakiens, Ă  aucun moment je ne pourrais imaginer l'entreprise d'une guerre prochaine. Quand je pense avoir quittĂ© le sol belge avec une peur cachĂ©e… et pensant rencontrer celle des irakiens. Et bien, pas du tout. Ici, la vie suit son cours. Les militaires, les chars, la population restant cloĂ®trĂ©e, ne sont pas dans le scĂ©nario que je mettais reprĂ©sentĂ©e. Quand je questionne les gens, ils disent "mais que pouvons-nous faire, nous sommes habituĂ©s…". On ne connaĂ®t donc pas la psychose que nous, nous pourrions avoir si notre pays se trouvait dans la mĂŞme situation. Finalement, c'est l'effet inverse, c'est les pays qui veulent attaquer qui sont sur leurs gardes.

Quant aux nouvelles de notre petit groupe…

Au dĂ©but, chacun est tombĂ© des nues arrivant dans un hĂ´tel 5 Ă©toiles, faisant des visites dans un bus, des guides traducteurs nous accompagnant, soirĂ©es organisĂ©es,… nous suivions un timing.

Tout d'abord, pour l'hôtel, je me sentais très mal à l'aise, cela ne me semblais pas du tout en accord avec le but de notre venue ici. Mais j'ai appris par la suite que l'hôtel datait d'avant l'embargo ( époque florissante où le dinar, vallait trois $, à comparé maintenant un $ vaut 2.500 dinars), il fait partie maintenant des moins chers. Soit.

Concernant le reste, je pense qu'il y avait une incompréhension entre ceux qui nous reçevaient (oraganisant un séminaire d'une semaine pour nous et les autres délégations étrangères)
et nous qui voulions oeuvrer Ă  des fins plus humanitaires. MĂŞme la visite de l'hĂ´pital Saddam a Ă©tĂ© «Â baclĂ©e »… (voilĂ , on vous montre et on rentre) j'avoue que moi, je remettais tout en question, je me voyais vraiment ici en vacances. Bien sĂ»r on apprenait des choses sur la vie des irakiens dans le contexte de l'embargo. Mais il y avait un fossĂ© Ă©norme entre le but de notre voyage et le dĂ©roulement des premiers jours. Enfin, après discussion, notamment avec la femme du gouvernement qui reprĂ©sente les Ă©tudiants (qui nous a octroyĂ© une entrevue!). Nous avons pu reprendre les choses en main. Depuis hier, nous avons rempli nos objectifs: «Â Course pour la paix » dans Bagdad, nous sommes allĂ©s dans des Ă©coles, dans des salles de sport et dans un hĂ´pital pour distribuer le matĂ©riel que nous avons emmenĂ©. Pour cela, nous nous sommes rĂ©partis en groupe. Hier, nous avons fait trois groupes pour visiter les Ă©coles, avec dans chaque, une personne de notre groupe parlant Irakien (plus de traducteurs de la NASYO! Enfin indĂ©pendants). Notre groupe a d'abord Ă©tĂ© dans une Ă©cole, dans le quartier pauvre oĂą vivait le cousin palestinien de Bahaa, un terrain vague jonchĂ© d'ordures, d'eau formant un marĂ©quage artificiel. C'Ă©tait une Ă©cole de garçon de 10 ans et plus. Après discussion avec le directeur, il nous a annoncĂ© qu'ils n'auraient pas le temps de faire des dessins (pour nos Ă©changes belgo-irakiens). Il nous a donc proposĂ© de revenir le lendemain et nous a orientĂ© vers une autre Ă©cole oĂą Ă©tait les plus petits. Elle se trouvait dans le mĂŞme «Â quartier ». A notre arrivĂ©e, la directrice nous a tout de suite acceuillie et nous a d'abord reçu dans son bureau. Puis les institutrices nous ont rejoint (NB: il n'y avait pas d'instituteurs). Nous avons discutĂ© sur son Ă©cole et lui avons expliquĂ© le but de notre venue. Elle nous a appris ceci: avec la première Ă©cole, il y avait 560 enfants c'est-Ă -dire 40 Ă  45 enfants par classe. Pour nous, cela nous paraĂ®t beaucoup pour un bon encadrement, mais elle nous livre que le taux de rĂ©ussite des Ă©lèves est proche des 100%. Ils mettent tout en oeuvre pour qu'ils rĂ©ussissent. Ils apprennent l'arabe, l'anglais, l'histoire-gĂ©o, les sciences et les maths. Les cours se livrent de 8h Ă  13h et l'après-midi, les enfants font du sport. L'Ă©cole est gratuite en Irak et obligatoire jusqu'Ă  14ans. Ils ne laissent aucun enfant sortir du cycle scolaire avant cet âge! Quelle influence l'embargo a-t-il eu sur l'Ă©cole? La directrice nous apprend qu'avant ils avaient du matĂ©riel et avaient mĂŞme de la nourriture et du lait Ă  offrir aux enfants. Après cette discussion, nous sommes allĂ©s dans les classes. Les enfants se sont levĂ©s et , en coeur, nous ont souhaitĂ© la bienvenue dans le pays de Saddam Hussein et d'autres phrases en sa faveur. A ce moment, j’ai ressentis un certain enrĂ´lement. Bahaa leur expliquait notre venue. Nous apportions des dessins rĂ©alisĂ©s par des enfants belges en message de paix ainsi que des crayons. Nous leur demandions de faire de mĂŞme afin de faire un Ă©change. Ils se mirent de suite Ă  la tâche, attablĂ©s sur leur petit pupitre de bois, assis sur des bancs. La classe Ă©tait rudimentaire: une petite pièce avec 3 rangĂ©es de pupitres. La seule chose qui jonchait le mur Ă©tait le tableau noir. (Ha! J'oubliais aussi la fameuse photo de Saddam Hussein au dessus).

Les vitres Ă©taient cassĂ©es par endroit, le bâtiment sans Ă©lectricitĂ©. (Je me doute qu'ils doivent avoir froid Ă  l'intĂ©rieur lorsque la tempĂ©rature ne s'y prĂŞte pas.) Les enfants se prĂŞtaient bien au jeu. Nous nous sommes assis Ă  cĂ´tĂ© d'eux. J'Ă©tais très frustrĂ©e de ne pouvoir communiquer avec eux et aussi de repartir. Nous devions rentrer…

L'après-midi, nous retrouvons des Ă©tudiants irakiens pour la course pour la paix. Elle s'Ă©tendait sur 5 Km. Environ 200 personnes y participaient. C'etait difficile puisque la course se dĂ©roulait sur une route oĂą les voitures circulaient Ă  cĂ´tĂ©. Les participants inhalaient donc les gaz d'Ă©chappement. C'Ă©tait chouette que les Irakiens se joignent Ă  nous. Tout le monde portait un T-shirt oĂą il Ă©tait inscrit: «Â No war on Irak! » C'Ă©tait symbolique que tout le monde ait le mĂŞme T-shirt.

Après une bonne nuit de sommeil, nous avons renouvelĂ© notre action. L’Ă©cole visitĂ©e aujourd’hui comporte des filles (NB : il existe tout de mĂŞme certaines Ă©coles primaires mixtes). Le dĂ©roulement s’effectue comme hier. Je remarque que l’Ă©cole Ă  l’air moins dĂ©fraĂ®chie que celle d’hier. Les petites filles dans cette Ă©cole sont en uniforme (robe bleue sur chemisier blanc) comme les garçons hier, elles entament leur discours de bien venue et tout comme eux, en classe, elles ont l’air très disciplinĂ©es (elles Ă©coutent vraiment l’institutrice !). Après la rĂ©colte des dessins, nous constatons une fois de plus que les enfants ont dessinĂ©, en majoritĂ©, des scĂ©narios de guerre (chars, hĂ©licoptères …). Malheureusement cela fait parti de leur quotidien, que de savoir que leur pays va bientĂ´t ĂŞtre en guerre. Cela se ressent aussi sur le slogan qu’ils crient Ă  tue-tĂŞte en sortant de la classe («Â A bas Bush, mon âme et mon sang Ă  Sadam Hussein ! ! »)

Tom fait remarquer en plaisentant «Â C’est une manif ici puisque c’est un slogan que dit tout le monde dans des manifestations. On devine alors que tout le monde est vraiment uni, jusqu’aux enfants. Mais ça fait tout de mĂŞme froid dans le dos de se mettre Ă  la place de ses enfants qui imaginent dĂ©jĂ  l’horreur.

Pour en revenir Ă  leur scolaritĂ©, la directrice d’ici nous dit que dans cette Ă©cole il y a une classe de ratrappage pour les enfants en difficultĂ©. L’Ă©tat met en place ce système pour qu’il n’y ait pas d’Ă©chec scolaire (en effet dans la classe, nous voyons 4 petites filles). Dans cette Ă©cole, le matĂ©riel qui manque le plus ce sont : des craies et des calculatrices. Nous avons remarquĂ© qu’ici, les petites filles ont quelques crayons, un cartable, une trousse, un cahier-livre de l’Ă©cole. Il n’en ai pas de mĂŞme pour tout le monde puisque, hier les enfants n’avaient pas de quoi Ă©crire et dans des autres Ă©coles, ils s’assient Ă  mĂŞme le sol tellement ils n’ont rien !

Dieter a proposé de renouvelée le voyage pour que ce soit plus efficace, plus structuré encore.

NB : la RTBf s’Ă©tait jointe Ă  nous. Il est vrai que nous avons besoin des mĂ©dias pour montrer notre action et faire passer un message, mais personnellement, je trouvais que leur prĂ©sence cassait le naturel de notre geste. De plus la prĂ©sentatrice n’Ă©tait pas contente parce qu’on ne suivait pas son organisation. Pour les interviews, elle posait des questions de politique et de religion, qui s’Ă©loignaient de ce qu’on voulait faire passer. HonnĂŞtement, nous avons hâte de voir ce qui est passĂ© Ă  la tĂ©lĂ© pour voir si ce n’est pas erronĂ© (une fois de plus, ça ne serait pas Ă©tonnant…)

Nous partons demain. Nous avons vu des gens vivant la misĂ©ricorde qui finalement s’acharne sur eux. Nous sommes de tout coeur avec le peuple iraquiens. L’image des enfants reste Ă  jamais graver dans notre mĂ©moire. Nous allons tout mettre en oeuvre pour continuer notre action en Belgique et je vous invite tous Ă  rejoindre notre persĂ©verance. ArrĂŞtons d’accepter la schizophrĂ©nie des gouvernements …

Vanessa

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